Willem Heremans, écrivain

Oct 28 2012
Avr 01 2012

À télécharger… Numéritérature Magazine [N°1] !

C’est ici le premier jalon d’un rendez-vous auquel vous serez tous et toujours très chaleureusement conviés ! Je me l’étais d’ailleurs promis dès le lancement de ce site. En d’autres termes, j’offrirai mensuellement, tel qu’aujourd’hui, de télécharger un «ePub» contenant les meilleures publications du mois écoulé

«Numéritérature Magazine», votre mensuel de l’actualité numérique, est donc né ! Mieux encore, celui-ci est agrémenté d’un texte bonus. Lequel ambitionnera de mettre chaque mois en lumière un auteur actif sur la Toile… Et c’est aujourd’hui le tour de Juliette Cortese, qui nous propose sa nouvelle «Jour de Soldes». Une œuvre que j’ai trouvée particulièrement accrocheuse et prenante, surtout de par son déroulé en dialogues purs (où Juliette Cortese sait manifestement y faire !).

Alors faites-vous donc plaisir, téléchargez gratuitement le premier Numéritérature Magazine :

Numéritérature-Magazine [N°1].epub

(Source : numeriterature.com)

Mar 07 2012
Sep 27 2011

Raymond Radiguet, «Le diable au corps», et moi…

Vous me connaissez… Je vais rarement vers les livres. C’est eux, plutôt, qui viennent à moi. Et par un effet presque miraculeux… Comme une opération du Saint-Esprit… Des anges infléchissant mon destin.

Cet ouvrage-ci, Le diable au corps, aura longtemps figuré dans ma bibliothèque familiale. Et en bonne place. Dixième volume d’une collection lancée par un grand journal… Souvent, je parcourais sa quatrième de couverture ; «Amour d’un adolescent pour une femme mûre, dont le mari se bat à la guerre de 14.» J’aimais aussi relire la notice biographique, tant elle ne laissait de m’intriguer : «Raymond Radiguet, né en 1903, mort à vingt ans.» Moi j’en avais alors dix-huit. Et déjà je m’étais engagé pour le front des mots…

Par un beau jour d’été, cependant, ce petit livre disparut… C’était ma sœur, m’apprit-on, qui l’avait emprunté ; l’ayant soi-disant pris en voyage, sans doute attirée par son thème sulfureux… «Amour d’un adolescent pour une femme mûre…» Dire que je ne l’avais pas lu au-delà. «Raymond Radiguet, mort à vingt ans.» Je devais me rappeler cette phrase, de longues années durant ; mais sans plus en revoir la couleur. Car le roman ne revint pas. Nous crûmes même, un moment, qu’il était perdu… Cet auteur éphémère – au visage mystérieuxà la destinée tragique – me filait entre les doigts.

Mais peut-être était-ce écrit… Il n’avait été l’heure – à ce stade, et pour moi – de découvrir cette histoire. Pas encore… Puis mon existence s’est poursuivie. Je tentais toujours de rallier quelque cercle littéraire. Cela, ô paradoxe, en restant loin de tout. Et même des livres. Écrivain qui composait mais ne lisait point. Moquez-vous ! Humain qui existait mais ne vivait point. Pleurez, pleurez surtout !… C’est alors que ces fameux anges zélés reprirent leur bâton de pèlerin. Répandant soudain leurs livres, tout juste sur mon passage. Comme pour m’appeler, par le pouvoir de la lecture, à vivre davantage… Ce fut d’abord «Le joueur», de Dostoïevski. Intrigue qui m’a donné goût au jeu. Et ainsi j’ai joué. Misant jusqu’à un tiers de mes deniers, en bourse ; tel notre ami Fedor au casino de Roulettenbourg… Puis ce fut au tour de «Bel-Ami». Où Maupassant me fit naître le désir fou de séduire. Je voulus être, en effet, Georges Duroy. Homme intéressé. Homme à femmes… Je décidai donc, dans cette audacieuse entreprise, de promener mes mots hors de moi. Souhaitant éprouver mon art et ma séduction en chair et en lettres, pour une fois. Me destiner à d’autres qu’à l’Absolu ou au Néant… Je jetai donc mon dévolu sur celle qui avait été ma professeure d’anglais…

Nous nous étions déjà retrouvés sur la Toile. Et je me mis à la courtiser par courriels interposés. Échangeant avec elle maints et maints messages… Les femmes aiment le langage, c’est un fait, je n’ai rien inventé… Nous pratiquâmes même divers jeux de plume ; écrivant l’un à l’autre – par exemple – comme au siècle des Lumières. «Madame, ma douce amie… De quelle agréable façon la bienséance m’oblige à vous nommer ?» «…C’est qu’il se trouve certains usages, voyez-vous, qui ne doivent souffrir la moindre exception…» «Vos mots et votre esprit ne trompe guère quant à la noblesse de votre rang.» «Monsieur, je vais devoir, une fois encore, éprouver votre patience.» «…Serait bien insolent de ma part le dessein d’accaparer votre temps…» «Vous ne sauriez imaginer le vertige qui s’empare de moi à la lecture de chacune de vos missives.» «Votre éternel obligé.» «Recevez mes plus tendre pensées.»… Ma correspondante fut la première femme que je connus. Elle était de quinze ans mon aînée. Et je me suis lancé dans cette liaison par pur esprit romanesque.

Notre aventure, toutefois, ne dura pas plus de quelques mois… Au cours de cette curieuse parenthèse, j’eus encore l’occasion de parfaire ma culture. Littéraire ou autre. Découvrant mieux le monde. Lisant toujours, cette fois dans la bibliothèque même de ma dulcinée, et sous ses conseils insistants… Ainsi je découvris «Le petit prince», livre plein de charmes purs. Qui m’apprit combien les femmes étaient semblables aux fleurs… Aussi fragiles. Aussi capricieuses. Aussi sournoises…

Plusieurs semaines après notre rupture, enfin, «Le diable au corps» me retomba entre les mains. Et tout à fait par hasard. C’était ce même exemplaire, prétendument perdu. «Amour d’un adolescent pour une femme mûre»… «Raymond Radiguet, mort à vingt ans.» J’en avais alors vingt-cinq, et n’étais encore parvenu à rien. «Vingt ans.» Je n’aurais pas souhaité, moi-même, vivre davantage. Oh non… Il n’y a que vieillesse, passé cet âge. Que redites.

Et ce livre, précisément, est tout pétri de jeunesse. Tant par le style que le propos. Il sent bon la fierté et l’élan. S’y discerne un curieux mélange, entre touches naïves et étonnante précocité. Approximations et franc génie… La maturité même du narrateur, voire la finesse d’analyse de l’écrivain, ne semblent être que cette lucidité vive – quasi exacerbée – de l’adolescence en son crépuscule.

Nous sommes donc à la fin de la première guerre. Le héros est un jeune adolescent, doté d’un esprit fort précoce… Par l’entremise involontaire d’amis plus ou moins proche de sa famille, il fait la connaissance de Marthe, leur fille. Femme encore dans la fleur de l’âge, mais déjà fiancée. Son «heureux élu» se trouve précisément au front…

Notre audacieux narrateur, par une espèce d’effronterie ou d’inconscience, se livrera dès lors à un étrange jeu de séduction. Allant jusqu’à faire l’école buissonnière, pour passer ses journées avec la jolie demoiselle… Et une passion des plus folles – toute brûlante même – réunira bientôt ces deux êtres… Les pages du premier baiser échangé, faisant basculer leur relation dans le rapport de chair, ne sont rien moins qu’un pur chef-d’œuvre…

Ce qui frappe d’entré, c’est l’incroyable modernité du livre. Ou devrais-je dire, plutôt, son caractère tout intemporel. Tant le personnage central est étonnant d’actualité. Tel un ado rebelle avant la lettre… Car Radiguet nous montre – dès 1923, année de parution – un jeune en «révolte» contre l’autorité parentale ou scolaire. Qui dénigre la société bien-pensante, affiche des mœurs fort libres, faisant presque fi de tout préjugé moral. Et s’il s’est du reste écrit – depuis lors – ouvrages plus provocateurs ou hardis, ce roman garde néanmoins intact toute son audace… Nous voyons donc, mais serait-ce encore nécessaire de le prouver, à quel point la littérature est en avance sur son temps. Voire hors du temps… Elle montrera toujours – à nous tous, les prétendus modernes – combien nous n’avons rien inventé.

Ainsi, récapitulons… Une femme. Un amant. Un mari… Le drame se devine. Il se sent, de page en page. On le voit venir, on l’attend ; comme une cruelle épée de Damoclès, qui plane par-dessus cet amour interdit. Prête à s’abattre au moindre instant… Sans compter le conflit de l’âge, ou de situation sociale ; lesquels séparent diamétralement nos deux personnages. Potentielles frictions dont on distingue maintes fois les signes, notamment dans l’épisode de la chambre d’hôtel à Paris… La tempête annoncée, pourtant, ne sera pas celle qu’on croit. Et j’avoue avoir été déçu par le dénouement du récit. Tant il m’a semblé une fin trop abrupte, et presque trop facile. Le roman n’allant ainsi pas au bout de lui-même. Court-circuitant sa propre logique et ses vrais enjeux… La femme adultère. Le fossé générationnel. La déraison de l’amour…

«Mort à vingt ans». Désormais j’en ai vingt-six, je suis vieux. «Vingt ans» ! Je n’ai plus l’âge d’être ni Radiguet ni Rimbaud. Je suis vieux ! Et riez… On parle de l’âge comme d’un cruel naufrage, n’est-ce pas ; celui-ci est tant moral que physique. Ainsi, moralement, je suis vieux. Il ne m’est plus permis, contrairement au personnage de Radiguet, d’encore foncièrement croire en moi. De prendre quoi que ce soit vraiment à cœur… Je ne pourrais me voir avec sérieux. Quel malheur ! Je suis vieux.

Peut-être aurais-je dû lire ce «Diable au corps» bien plus tôt. Mais quelle aurait été ma vie, alors ? A dix-huit, à vingt-et-un, à vingt-quatre ans. Aurais-je été mieux éclairé ? Plus averti des dangers de cette vie ? Des femmes ? De l’amour ? De la séduction ?… Il n’y a pas si longtemps, par ailleurs, j’ai partiellement lu «Le rouge et le noir» ; découvrant que j’étais un Julien Sorel sans le savoir. Chose qui n’est pas pour me déplaire. Car à défaut d’être un auteur authentique, je me rêve en personnage de fiction. En héros purement de mots… Et pour ce qui concerne mon existence véritable, je l’abandonne gracieusement aux Moires. Qu’elles en tirent les fils comme bon leur semble… Et je ne me prétendrai plus écrivain.

Raymond Radiguet fut emporté, à l’âge de vingt ans, par une fièvre typhoïde… Il avait eu le temps d’écrire deux romans.

2 notes

mai 29 2011

«Les hirondelles sont menteuses» par Anita Berchenko

A l’occasion d’une précédente critique, je faisais l’éloge appuyé du livre-papier. Allant à contre-sens des dernières innovations technologiques… Mais voici qu’à présent, je cède à l’esprit du temps. Ou juste en partie. M’étant enfin décidé, pour le dire autrement, à lire une œuvre numérique… Je livrerai donc ici mes quelques impressions sur ce nouveau format. Cela sans occulter, ce qui serait bien injuste au regard de ses qualités, ce plaisant recueil de nouvelles… «Les hirondelles sont menteuses.»

«Ça pourrait être n’importe où… Il suffirait de modifier les paysages, les descriptions… Mais ça se passe au cœur du Lauragais.» Ainsi débute l’ouvrage. A travers un prologue qui plante le décor et agit comme une belle invitation. «On zoome encore un peu, et dans le viseur apparaît un village. Un assez gros village, presque une petite ville.» Et à cet appel du doigt, vous ne résisterez pas. Tant l’envie sera grande de découvrir ce lieu «riant de chaleur et de soleil». «Entre Montagne Noire et Pyrénées, à cheval sur Aude et Haute-Garonne (…) Où les accents occitans roulent de colline en colline et résonnent comme un vieux chant d’amour»… Mais prenons garde à tous ces charmes. Ce n’en est pas moins une région, nous avertit bien l’auteur, dans laquelle l’existence «n’est pas plus facile qu’ailleurs». En témoigne la vie de ses habitants. Ou plus précisément : certaines de ses habitantes…

Nous allons en effet partager — un à un, et pour quelques instants — les destins de dix femmes. Car chaque histoire, en plus d’une intrigue particulière, narre la vie intime d’un personnage féminin. A commencer par Marthe. Une vielle dame presque impotente. Qu’on voit occuper ses soirées à suivre des jeux de pétanque ; assise dehors, sur la place de la mairie. Elle qui passait déjà tous les dimanches de sa vie à tricoter des écharpes, tandis que son mari la délaissait pour ses parties de pêche… Nous ferons ensuite la connaissance de Kate. Une anglaise «retraitée», comme il s’en rencontre beaucoup dans le Lauragais, venue ouvrir un «bed and breakfast» au milieu du village. Et une de ses grandes passions, à elle, c’est les chats. Ou plus spécialement «Miss Bira», du nom de son «Sacré de Birmanie». Chatte choyée sinon surprotégée. Sa propriétaire ne voulant pour rien au monde que l’animal mette une patte à l’extérieur…. Puis ce «travelling» segmenté, auquel nous convie Anita Berchenko, amènera entre autres le lecteur chez Magali. Laquelle se prépare — très fébrilement — à rejoindre son homme, qui travail à Toulouse. Mais l’ennui c’est son maquillage, et surtout sa coiffure, qu’elle ne supporte pas. «Ses cheveux frisottent ? Elle les voudrait lisses. Ils sont raides ? Elle les voudrait bouclés. Quand enfin elle a réussi à les laisser pousser, elle file les faire couper. Puis quand ils sont courts, elle les voudrait longs.» Pourtant Magali s’y connaît en artifices de séduction. Elle qui fabrique de beaux petits bijoux, pour ensuite les vendre sur internet…

Non seulement d’être chacune digne d’intérêt, toutes les nouvelles sont un peu reliées entre elles. Tournant presque sans cesse autour de cette même place de la mairie. Dans ce village du Lauragais. Où se croisent et se recroisent les protagonistes de chaque texte… Marthe, Kate, Magali. Mais aussi Lise, que la peur des fautes d’orthographe empêche d’écrire. Alice, qui danse au bal, très fiévreusement. Nadia, vendeuse au magasin de chaussure, avec son très lourd passé. Puis toutes les autres. L’ensemble peut se rapprocher d’un grand roman choral. Dont l’un des fils rouges thématiques, dans le fond, pourrait être les divers aspects de la féminité. Multiples facettes où les femmes se reconnaîtront, et les hommes apprendront… Ici est effleuré le plaisir solitaire au féminin. Là est abordé tout le poids de la maternité, à travers l’expérience douloureuse d’une adolescente-mère. A tel autre endroit est traitée, les années passant, la peur de ne plus plaire. Ou même encore les affres de la maladie, qui atteignent au plus profond de la féminité… Et toutes ces questions fortes sont coulées dans une forme des plus légères. Ceci au meilleur sens du terme. Car Anita Berchenko manie l’art de la nouvelle avec brio. Elle nous emporte en deux ou trois lignes, et c’est un plaisir de s’y laisser prendre… Pas un mot de trop. Pas de lourdeurs. Juste ce qu’il faut. Avec toujours cette chute à laisser sans voix. Comme d’ailleurs le final du recueil, formé par les deux dernières nouvelles et l’épilogue, où l’auteur nous mène délicieusement par le bout du nez…

Ceux qui voient l’édition numérique comme une littérature de second ordre en prendront ici pour leur grade. Car il n’en est rien… Certes, le rapport charnel au livre a disparu. Et un «fichier informatique», à cet égard, ne mérite pas le nom de «livre». Tant ce dernier terme recouvre de significations historiques et matérielles. Néanmoins, du papier aux pixels, les mots sont les mêmes… J’avais coutume de dire que le moindre vocable exprimé est en soi de la littérature. Ceci reste rigoureusement vrai, quelque soit l’émetteur ou le support. Que l’expression sorte de la bouche du conteur, qu’elle creuse la surface d’une tablette d’argile, noircisse des rouleaux de papyrus ou l’étendue d’un vélin : la puissance du verbe est identique. Réjouissons-nous donc de ces belles-lettres toujours perpétuées. Et sans délai, lisons Anita Berchenko, un grand auteur ! Car faites-moi bien confiance, son œuvre en vaut le détour… C’est un coup de cœur !

4 notes

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